Les zones blanches ADSL existent encore en juin 2010. De simple désagrément, l’impossibilité d’accès à un vrai haut débit est devenue un frein à la vie quotidienne. De la numérisation de toutes les transactions traditionnelles de la vie privée et professionnelle au développement de nouveaux services sur Internet, Internet a créé une nouvelle façon de vivre : l’Internet Way of Life.

A l’école les devoirs s’envoient par mail, la recherche d’informations se fait sur la Toile, et le cartable numérique prend place. Au lycée, les vœux d’orientation et les inscriptions à l’université se font par Internet. La recherche d’emploi sur Pôle Emploi ou l’APEC se fait à la souris, à condition d’avoir du haut débit. Le candidat à l’emploi navigue sur l’océan numérique pour trouver les informations sur les entreprises qui recrutent.

Dans la vie professionnelle, l’énumération numérique continue. Les entreprises doivent télé-déclarer, échanger les documents par mail, utiliser les plates-formes numériques pour les appels d’offres, se connecter aux plates-formes collaboratives de leurs clients et fournisseurs, dématérialiser leurs factures et leurs paiements. Si elles veulent réduire leurs coûts et externaliser certains de leurs services, elles peuvent faire appel aux nouveaux services et usages en ligne : stockage et sauvegarde de données, applications hébergées, recherche de partenaires et de marchés, suivi des livraisons.

Dans la vie quotidienne, les services de proximité sont encore plus proches : les courses, l’affranchissement du courrier se commandent depuis le bureau familial, où l’on consulte son compte en banque en temps réel. Le shopping fait marcher les doigts sur le clavier, et le temps de réponse de la connexion autant que le débit deviennent cruciaux quand il s’agit d’achats aux enchères. Les calculs d’itinéraires et les réservations de voyages offrent une vue 3D de ce que seront les vacances. La réservation de places de concerts d’artistes renommés demande de la dextérité et une connexion performante : le nombre de places est réduit, premier arrivé sur le serveur, premier servi. Plus besoin de se déplacer à la librairie ou à bibliothèque, les livres sont en téléchargement, le patrimoine des bibliothèques est numérisé. La vidéo à la demande permet d’agrémenter le mercredi après-midi avec le nouveau film sorti en salle. Le tuner a disparu de la cuisine, l’écoute de la radio se fait sur IP, tandis que la pile de CD ne grandit plus, la musique s’écoute sur Deezer ou s’achète sur le net en mp3. Les musiciens en herbe montent leurs clips et publient leurs compositions sur les sites de partage de vidéos en ligne. Les écrivains en herbe publient quotidiennement leurs billets sur les blogs. Le réseau social est en ligne, se retrouvent sur Facebook les amis d’enfance aussi bien que les amis d’un jour. Après le Triple Play, les fournisseurs d’accès proposent le Quadruple Play, le mobile s’intègre au fixe dans la facture forfaitaire du consommateur.

Le citoyen est lui aussi appelé sous les drapeaux du numérique : il doit télé-déclarer ses revenus, le salaire de l’assistante maternelle. Il consulte en ligne ses relevés maladie. Il se déplace jusqu’à la Mairie de sa commune où un Point Visio Public lui ouvrira les portes du guichet administratif virtuel. Il pourra voir ses interlocuteurs des services publics, effectuer ses démarches en temps réel à distance. Le Maire accueillera ensuite cordialement son administré, car l’objectif zéro papier atteint grâce à la dématérialisation des actes, il a transformé la salle d’archives en salle de réunion.

Tableau de la vie ? Seulement en territoire haut-très haut débit ADSL-fibre optique. Ce tableau est une vision futuriste pour les ressortissants des zones blanches : ils relèvent de la Loi Analogique ou Para-Numérique. S’ils ont la chance de travailler dans une commune convertie ils pénètrent, étrangers, au Pays du Numérique.

Faute de couverture totale de la population, une fracture numérique s’est créée entre les populations des zones urbaines et celles des zones rurales. Les initiatives des collectivités territoriales ont permis de réduire la fracture, avec des aides publiques. Cependant, une fois la majorité des zones rurales numérisées, les zones blanches deviennent enclaves permanentes. La résorption de ces derniers villages de réductibles dépend de la volonté des collectivités, et certaines collectivités ne sont pas réceptives aux besoins d’aménagement numérique, malgré les demandes de plus en plus insistantes des ressortissants. Quand à un bout du territoire le droit à la fibre est instauré dans les immeubles très denses, à l’autre bout les villages subissent une évolution insulaire et n’ont pas de fil pour aller sur la Toile.

Le citoyen qui n’a pas accès à l’ADSL subit une injustice civique et sociale. Celui qui n’aura pas la fibre optique subira une injustice sociale et civique. Les technologies alternatives à l’ADSL et à la fibre optique sont des technologies palliatives : elles remédient provisoirement à la fracture numérique en calmant les symptômes mais ne la guérissent pas. La cause de la fracture est claire : le non raccordement à l’ADSL et bientôt le non-raccordement à la fibre optique FttH.

Le consommateur, l’entreprise, la collectivité, le citoyen subissent des pressions pour adopter la dématérialisation, et les minorités des zones blanches ADSL ne savent plus comment faire comprendre aux pouvoirs publics et privés qu’ils souhaitent ardemment adopter un ADSL, mais qu’aucun ADSL n’est adoptable dans leurs contrées. L’enfant du numérique écoute de la musique pop en ligne, l’enfant analogique écoute la musique caractéristique du modem 56k. Vidéo à la demande, musique à la demande, qu’en est-il du haut-très haut débit à la demande ?

Avec un vrai haut débit , une commune entre dans l’ère numérique tout entière, y compris les réfractaires aux technologies palliatives, et ceux qui ne peuvent les utiliser en raison des contraintes qu’elles imposent. Avec un vrai haut débit, tout le monde peut entrer dans le tableau numérique de la vie ; il est condition incontournable pour utiliser ou apprendre à utiliser Les Technologies de la Communication et de l’Information.

Avec un vrai haut débit, plus de quotas, de coupure de connexion, et le temps de réponse devient enfin compatible avec tous les usages Internet. Avec un vrai haut débit, la facture de télécommunications multimédia chute, les déplacements se réduisent, le temps libre augmente.

Quand à un bout du fil les fournisseurs d’accès très haut débit par fibre optique cherchent désespérément à l’autre bout leurs abonnés dans les zones très denses, les oubliés du numérique filaire au régime sans fibre tiennent à la main leur stylo, prêts à signer leur abonnement.

Quelles actions faut-il entreprendre pour qu’entre dans la Loi le droit à l’ADSL haut débit et le droit à la fibre optique très haut débit pour tous, pour 100% des contribuables, 100% des consommateurs, 100% des citoyens, 100% des enfants, et que « toutes les personnes soient égales en droit » comme le veut la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne ?